Les méthodes des services de renseignement américains

Par Jean-Jacques Cécile
Les méthodes des services de renseignement américains

L’affaire de la Central Intelligence Agency distribuant du Viagra en Afghanistan le démontre : dès lors qu’il s’agit de parvenir à leurs fins, les organismes de l’Intelligence Community américaine savent faire preuve d’imagination et mettre à profit la haute technologie. Plusieurs articles de presse en témoignent.

C’est tout d’abord la Deutsche Presse-Agentur qui nous narre la courte vie d’Anwar Saeed. Ce talib pakistanais âgé de 21 ans se voit un beau jour proposer 6 000 dollars par un agent de renseignement. C’est la chance de sa vie : avec cette manne, il pourra faire soigner ses parents malades puis déménager dans une grande métropole pour se faire oublier et recommencer une nouvelle existence. Bien entendu, il devra en échange rendre un petit service : « oublier » dans les maisons de deux chefs taliban résidant à Khaison et à Sholam, en zone tribale, les deux balises qu’on lui fournit. Fines, ayant une surface d’environ 1 cm², elles émettent pendant 48 heures un signal radio transitant par satellite vers un poste de commandement américain ou, mieux, vers un drone prêt à lancer ses missiles Hellfire. Précision de la frappe aérienne : entre 90 cm et 1,20 mètre d’erreur probable selon Syed Shah Mehmood, le manager d’une société qui développe des drones au profit des forces pakistanaises. Mais Anwar Saeed est démasqué par un talib qui, aidé de quatre coreligionnaires, l’emmène en voiture vers une mort cruelle par égorgement ; alors il sort de sa poche un boîtier ayant approximativement une taille moitié moindre que celle d’un téléphone cellulaire et presse un bouton. Quelques minutes plus tard, touchée par un missile, la voiture explose. Un seul des cinq taliban en réchappe, miraculeusement indemne.

Un deuxième article, cette fois-ci du Washington Post, expose les tenants et les aboutissants d’une opération menée par la Drug Enforcement Administration dans le but de faire tomber un trafiquant de drogue afghan. Pour ce faire, les agents américains « équipent » un fermier recruté localement d’une caméra et d’un microphone, le tout suffisamment miniaturisé pour être dissimulé dans son vêtement traditionnel. Par dix fois, l’agent secret improvisé va filmer et enregistrer les propos de Khan Mohammed y compris lorsque celui-ci planifie une attaque à la roquette contre une base américaine. Finalement, l’individu est arrêté en octobre 2006 avec le concours de la police afghane, extradé vers les États-Unis et mis en examen aux chefs de trafic de drogue et d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Pour la première fois s’agissant d’un talib afghan, Khan Mohammed est condamné à la prison à vie le 22 décembre 2008 par une cour américaine de Washington.

Un troisième et dernier article du Sydney Morning Herald revient enfin sur la liberté d’action dont les agents de la Central Intelligence Agency bénéficient sur le territoire britannique. Selon le quotidien australien, l’agence de Langley aide le MI5 (Security Service) à assurer la surveillance de 4 000 suspects en recrutant des informateurs principalement au sein de la communauté britannique d’origine pakistanaise. L’importance de cette aide est sans précédent puisque, toujours selon le journal, « presque la moitié des opérations de la CIA ayant pour but de prévenir des attaques aux États-Unis sont menées contre des cibles en Grande-Bretagne ». Il y aurait çà et là quelques frictions. D’un côté, il s’est trouvé quelques contre-espions de Sa Très Gracieuse Majesté à être parfois mal à l’aise concernant l’usage qui est fait des renseignements glanés par la CIA en territoire britannique. De l’autre, certains agents de l’Oncle Sam ne cachent pas leur irritation devant l’obligation de consacrer leurs propres ressources à faire le travail que le MI5 est incapable de faire par manque de moyens…

 

Pour lire un extrait du dernier ouvrage de Jean-Jacques Cécile, Les Chiens de guerre de l’Amérique, enquête au cœur des sociétés militaires privées, cliquez ici.

 
Publié le 08/01/2009

 

 

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