Nouvelles prisons secrètes sur le territoire américain

Les États-Unis accusés de détenir des personnes suspectées de terrorisme sur des "bateaux-prison"

Dans un article publié le 2 juin 2008, Le Guardian annonce que les États-Unis sont accusés d’utiliser des « prisons flottantes » dans le cadre de la guerre contre le terrorisme et de dissimuler les chiffres ainsi que les lieux de détention. Le gouvernement a été sommé, le 1er juin 2008, de fournir une liste des noms et des lieux. Les informations sur cette affaire ont été révélées par des déclarations de l’armée, le conseil de l’Europe et les parlementaires ainsi que les témoignages de prisonniers. Dans un document qui va être publié cette année, Reprieve, association pour la défense des droits de l’homme, dénonce plus de 200 cas de kidnapping depuis 2006 alors que le président Bush avait affirmé que cette pratique n’avait plus cours.
D’après Reprieve, 17 navires, dont le USS Bataan et le USS Peleliu, auraient été utilisés comme prisons par les États-Unis depuis 2001. Les détenus y sont interrogés puis envoyés ailleurs. Ces navires auraient opéré autour de l’île Diego Garcia, qui sert de base militaire aux britanniques et aux américains. L’association dénonce les opérations de sécurité du USS Ashland au large de la Somalie au début 2007, ayant pour but de capturer des membres d’Al-Qaïda. Durant cette période, de nombreux enlèvements, ont été commis par les forces somaliennes, kenyanes et éthiopiennes suivis d’interrogatoires par des membres supposés du FBI et de la CIA. Plus de 100 personnes ont disparu dans les prisons de Somalie, du Kenya, de Djibouti et de Guantanamo Bay. D’après Reprieve, les prisonniers ont pu être détenus sur le USS Ashland ou d’autres navires dans le golfe d’Aden au cours de cette période.
Le Guardian ajoute que le rapport inclut le témoignage d’un ancien prisonnier du camp de Gantanamo qui raconte la détention d’un autre prisonnier, détenu avec 50 autres sur un navire d’assaut amphibie, où ils étaient battus plus durement encore qu’à Guantanamo, avant d’arriver au camp.

Le journal relate les propos de Clive Stafford, directeur juridique de Reprieve, qui affirme que les États-Unis se servent des navires pour se tenir loin des médias et des avocats mais qu’il compte rendre leurs droits à ces prisonniers fantômes. Le gouvernement américain a admis détenir au moins 26 000 personnes sans procès dans des prisons secrètes, et l’on pense que ce traitement concerne 80000 personnes depuis 2001.

Andrew Tyrie, le député conservateur président du groupe parlementaire sur les détentions arbitraires a demandé aux gouvernements américain et britannique de respecter les règles de détention. Selon lui une plus grande transparence permettra de regagner la confiance des musulmans modérés, dont le soutien est nécessaire pour lutter contre l’extrémisme.
Le porte-parole libéral démocrate pour les affaires étrangères, Edward Darvey, a déclaré que l’utilisation de territoires britanniques pour ces détentions illégales trahissait la confiance du gouvernement.

Le commandant Jeffrey Gordon, porte-parole de la marine US a nié l’existence de centres de détentions sur les navires américains, mais a admis que certaines personnes avaient pu se trouver sur des navires pendant quelques jours. Il a refusé tout commentaire concernant les rapports sur des navires américains stationnant près de Diego Garcia.
Le ministère des Affaires étrangères renvoie à la déclaration de David Milliband en février dernier qui admettait que des avions américains transférant des détenus avaient atterri deux fois à Diego Garcia.

Le Guardian conclut en déclarant que les « sites noirs » de la CIA auraient également opéré en Thaïlande, en Afghanistan, en Pologne et en Roumanie et de nombreux prisonniers auraient été livrés à des alliés des États-Unis et torturés dans des prisons secrètes dans des pays comme la Syrie, la Jordanie, le Maroc et l’Égypte.


http://www.guardian.co.uk/world/2008/jun/02/usa.humanrights

Marie Dubos

Réagissez

Message de Cécile Jean-Jacques, posté le 08/07/2008 à 05:53 :

En première approche, il me semble que le point de vue du commandant Jeffrey Gordon est vraisemblable. En effet : - On ne voit pas pourquoi l'US Navy utiliserait comme prisons des bateaux coûtant fort cher alors qu'un banal bâtiment de boue séchée au fin fond de l'Afghanistan est presque gratuit ; - Les bateaux en question sont très certainement plus utiles ailleurs ; - "Les États-Unis se servent des navires pour se tenir loin des médias et des avocats" : c'est relatif. Les navires sont des vases clos où un grand nombre de marins n'ont pas grand chose d'autre à faire qu'à discuter entre eux. Tout - ou presque - se sait assez vite. Tant que le bateau est en mer, la confidentialité est assurée. Mais dès que l'équipage descend à terre et se met à fréquenter assidûment les bars, la confidentialité devient moins assurée que si les détenus sont gardés par une poignée de gens dévoués à la CIA dans un pays du Tiers Monde.


Pour écrire un avis, vous devez être identifié.

© Nouveau Monde Editions | Qui sommes-nous ? | Partenaires | Plan du site | S'inscrire
Site powered by Koama